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Elie Wiesel est mort, il faut relire La Nuit

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Elie Wiesel est mort, il faut relire La Nuit

Message  tisiphoné le Dim 3 Juil - 15:34

03.07.2016

Elie Wiesel est mort samedi à l'âge de 87 ans à New York. Toute sa vie, le prix Nobel de la paix aura combattu pour perpétrer la mémoire de la Shoah, en particulier dans La Nuit.

"Jamais je n'oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée. Jamais je n'oublierai cette fumée. Jamais je n'oublierai les petits visages des enfants dont j'avais vu les corps se transformer en volutes sous un azur muet. Jamais je n'oublierai ces flammes qui consumèrent pour toujours ma foi. Jamais je n'oublierai ce silence nocturne qui m'a privé pour l'éternité du désir de vivre. Jamais je n'oublierai ces instants qui assassinèrent mon Dieu et mon âme, et mes rêves qui prirent le visage du désert. Jamais je n'oublierai cela, même si j'étais condamné à vivre aussi longtemps que Dieu lui-même. Jamais."

Lire aussi : Elie Wiesel, prix Nobel de la paix et survivant de la Shoah, est mort

Comme le poème de Primo Levi (Si c'est un homme), cette anaphore, issue de La Nuit d'Elie Wiesel, est l'une des plus grandes phrases de la littérature post-Shoah. Dans son chef d'oeuvre publié en 1955 en France, Elie Wiesel raconte l'histoire d'un jeune adolescent (lui-même) originaire de Roumanie, déporté avec sa famille à Auschwitz puis à Buchenwald. Le livre est court (127 pages) mais ô combien puissant. Dans tout son ouvrage, le futur prix Nobel de la paix s'interroge longuement sur la nature humaine mais également sur sa foi, une problématique qui le hantera toute sa vie, lui qui avait été éduqué dans une famille juive pratiquante.

"Où est Dieu? Il est pendu ici, à cette potence"

Elie Wiesel raconte ainsi la scène d'un enfant pendu dans la cour d'Auschwitz-Birkenau par les SS. Contrairement aux deux autres personnes pendues ce jour-là avec lui, l'enfant ne meurt pas tout de suite : "Plus d'une demi-heure il resta ainsi, à lutter entre la vie et la mort, agonisant sous nos yeux. Et nous devions le regarder bien en face. Il était encore vivant lorsque je passai devant lui. Sa langue était encore rouge, ses yeux pas encore éteints. Derrière moi, j'entendis le même homme demander: - Où donc est Dieu? Et je sentais en moi une voix qui lui répondait : - Où il est? Le voici - il est pendu ici, à cette potence ... Ce soir-là, la soupe avait un goût de cadavre."

A un autre moment, Elie Wiesel dépeint la fête juive de Rosh Hashana dans le camp d'extermination. "On nous distribua le repas du soir, une soupe bien épaisse, mais personne n'y toucha. On voulait attendre jusqu'après la prière", note-t-il. Il poursuit : "Dix mille hommes étaient venus assister à l'office solennel, chefs de blocks, kapos, fonctionnaires de la mort. - Bénissez l'Éternel ... La voix de l'officiant venait de se faire entendre. Je crus d'abord que c'était le vent. - Béni soit le nom de l'Eternel! Des milliers de bouches répétaient la bénédiction, se prosternaient comme des arbres dans la tempête. Béni soit le nom de l'Éternel! Pourquoi, mais pourquoi Le bénirais-je? Toutes mes fibres se révoltaient. Parce qu'Il avait fait brûler des milliers d'enfants dans ses fosses? Parce qu'Il faisait fonctionner six crématoires jour et nuit les jours de Sabbat et les jours de fête? Parce que dans Sa grande puissance Il avait créé Auschwitz, Birkenau, Buna et tant d'usines de la mort".

Toute sa vie, Elie Wiesel aura été torturé dans son rapport à la transcendance. En 1997, dans une tribune au New York Times, il écrit à Dieu : "Dans mon témoignage, j'ai écrit des mots très durs, des mots brûlants sur Ton rôle dans la tragédie. Je ne les répéterai pas aujourd'hui. Mais, c'est ce que je ressentais à l'époque. (...) Quand j'étais jeune, je n'attendais pas grand chose des êtres humains mais j'attendais tout de Toi."

Autre scène terrible, Elie Wiesel narre l'histoire d'un enfant qui tue son père pour une bouchée de pain : "Assommé, ivre de coups, le vieillard criait :- Méir, mon petit Méir! Tu ne me reconnais pas? Je suis ton père... Tu me fais mal... Tu assassines ton père... J'ai du pain... pour toi aussi... pour toi aussi... Il s'écroula. Il tenait encore son poing refermé sur un petit morceau. Il voulut le porter à sa bouche. Mais l'autre se jeta sur lui et le lui retira. Le vieillard murmura encore quelque chose, poussa un râle et mourut, dans l'indifférence générale. Son fils le fouilla, prit le morceau et commença à le dévorer. Il ne put aller bien loin. Deux hommes l'avaient vu et se précipitèrent sur lui. D'autres se joignirent à eux. Lorsqu'ils se retirèrent, il y avait près de moi deux morts côte à côte, le père et le fils. J'avais seize ans." Elie Wiesel est mort samedi à 87 ans. Son père, sa soeur et sa mère sont morts dans la Shoah.



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