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DSK est-il vraiment un bon économiste ?

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DSK est-il vraiment un bon économiste ?

Message  tisiphoné le Mer 4 Mai - 17:23

04.05.2016

Jean-Yves Archer est économiste. Il dirige le cabinet Archer et anime le think tank de recherche économique Archer 58 research. Il est diplômé de l'ENA (promotion de 1985) et titulaire d'un doctorat en économie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. En savoir plus sur son site.

Pour des motifs qu'il n'est pas ici l'objet de commenter, DSK aura raté dans les grandes largeurs son rendez-vous avec le peuple de France et donc avec notre Histoire. Cet échec à la présidentielle est parfois volontairement construit ( comme la non-candidature de Jacques Delors ) mais dans son cas elle vient s'ajouter à plusieurs blessures narcissiques. Prenons un simple exemple: qui peut citer la matérialité de sa trace à Bercy du temps du gouvernement Jospin? La France s'est qualifiée pour l'adhésion à la monnaie unique sans le réputé génie de DSK. En revanche, les tablettes du temps ont gravé dans le marbre un produit d'épargne ( le DSK ) et l'affaire de la MNEF. Au moment où d'autres aléas judiciaires affectent ces jours-ci le quotidien de l'intéressé, il est utile - à l'heure de l'amorce de son crépuscule professionnel - de se poser une question globale relative à la compétence de cet avide de pouvoirs.

Raymond Barre aura laissé une forte empreinte à Bruxelles puis à Matignon. Un parcours politique fait de rectitude et de souci de la gestion publique. Une fourmi face à la cigale qui a inspiré les 35 heures en duo avec Madame Aubry. Si au FMI, il existe des DTS ( droits de tirage spéciaux ), il est avéré que DSK aura tiré sur la corde budgétaire de notre pays sans doute ni états d'âme. L'essentiel était de «faire gagner Lionel» en 2002 ce qui n'est pas de l'économie mais du triste velouté politicien au goût connu. Et tant pis pour la dette, engagements hors-bilan compris.

Le brio intellectuel ne dispense pas du travail en amont et l'art de parler sans notes ne vaut que si les propos ont une trame et non un continuum faussement articulé.

Réputés moins intelligents que DSK, un certain René Monory ou Pierre Bérégovoy auront libéralisé les prix (1978 ) et dynamiser l'épargne ( 1978 et 1983 ): autant de vrais chantiers d'envergure dont DSK ne saurait se targuer. Alors à quoi sert l'intelligence si elle n'est qu'astuce voire rouerie et non mise au service d'une ambition opérationnelle pour le pays?

Le bilan ministériel appelle donc à la prudence tout autant que le bilan de l'écriture. Etre économiste, c'est nécessairement transmettre: la longévité dans les librairies et dans les bibliothèques du Traité d'Economie Politique de Raymond Barre en fournit l'illustration éclatante. Privé de sa féconde collaboration avec Denis Kessler, DSK n'a pas eu la plume alerte ou inspirée à l'opposé d'Edmond Malinvaud, de François Morin ou même de Jacques Attali. Non, le Professeur Strauss-Kahn n'a pas laissé derrière lui un «Laubadère «, un «Hauriou» du droit constitutionnel, un «Burdeau» de la science politique, un «Odent» du contentieux administratif, un «Walliser» des sciences économiques.

Son dernier texte ( «A mes amis allemands» ) a du faire rougir de confusion Hubert Védrine ou Joschka Fischer (ancien ministre des Affaires étrangères allemand ) tant les poncifs se chevauchaient avec une sorte de prêche dépourvue de porte-voix. Par temps de tempête en Europe, on aurait espéré mieux. Franchement! Voilà une drôle de compétence dissoute comme un comprimé effervescent d'aspirine.

Bilan ministériel à débattre, contribution à la science économique fort limitée par manque d'apports conceptuels et théoriques, l'homme politique DSK est bien souvent davantage économe qu'économiste comme il le fût lors de son audition bâclée au Sénat en date du 26 Juin 2013 qui devait se solder par une déconvenue générale.

Le brio intellectuel ne dispense pas du travail en amont et l'art de parler sans notes ne vaut que si les propos ont une trame et non un continuum faussement articulé.

Le premier Président Didier Migaud ( Cour des comptes ), le Professeur Bernard Debré, le prix Nobel Jean Tirole, Jean-François Dehecq ( Président d'honneur de SANOFI ) sont unanimement reconnus pour leur compétence. DSK, qu'on le veuille ou non, qu'on l'apprécie ou non, ne laisse pas ce sillon pur mais une image mitigée. Celle d'un excellent bretteur, celle d'un homme de réseaux ( voir son «carnet d'adresses «au FMI ) bien davantage que celle d'un homme de dossiers requérant un savoir-faire. D'ailleurs, la composition de ces équipes de proches collaborateurs est révélatrice: la France lui doit ainsi d'avoir mis sur rampe de lancement ce «cher» Monsieur Moscovici, lui aussi pétri d'une compétence que l'Histoire a déjà jugée.

Dans «Souvenirs d'une longue carrière «( De la rue de Rivoli à la Compagnie de Suez, 1920 - 1971, Editions: Comité pour l'histoire économique et financière de la France ), Jacques Georges-Picot fait référence à plusieurs reprises à Francis-Louis Closon qui fût directeur des Finances de la France Libre puis Commissaire de la République à Lille avant de diriger l'INSEE pendant près de 25 ans. Un tel sillage de celui qui aimait à s'appeler «un ingénieur économiste» mérite admiration et respect là où les pas de DSK seront vite recouverts par les marées à venir.

Deux points de conclusion à valeur interrogative. Comment peut-on voir certains s'extasier devant la pertinence des propos de DSK ( «Sur la Grèce, il faudra prendre sa perte!») qui ne relèvent que de l'évidence? Du pur truisme.

On ne prête qu'aux riches, dit-on.

Mais alors pourquoi avoir été frayer dans le fonds «LSK» alors que Matthieu Pigasse ( Banque Lazard Frères ) a été un des subordonnés de DSK? Décidément, cet homme n'aime pas la ligne droite. Il est à l'économie ce que Bernard Darniche et sa véloce Alpine étaient aux lacets des routes du Tour de Corse.

D'ailleurs, «Raisonner ce qu'on appelle a priori est une chose fort belle ; mais elle n'est pas de la compétence des humains» ( Lettre du 8 Mars 1738, Voltaire ). Telle est probablement la faille de DSK: s'en remettre excessivement aux fulgurances d'un certain brio sans dédier le temps requis à la pensée préalable pesée au trébuchet.

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