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L’Autriche adopte un « état d’urgence » migratoire

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L’Autriche adopte un « état d’urgence » migratoire

Message  tisiphoné le Mer 27 Avr - 18:42

27.04.2016

Déjà secouée par la qualification inédite de l’extrême droite au second tour de la présidentielle, l’Autriche s’est déchirée, mercredi 27 avril, sur un projet d’« état d’urgence » migratoire, accusé de mettre fin de facto au droit d’asile. Adopté par 98 voix contre 67, le nouveau texte va immanquablement provoquer la colère de l’Italie et la sidération de Bruxelles.


Les débats à l’Assemblée ont été houleux, l’Autriche ayant, au même titre que la Suisse, une tradition d’accueil constitutive de son identité nationale. Quelque 90 000 demandes d’asile ont été déposées en 2015. Bon nombre d’élus autrichiens sont eux-mêmes des descendants de réfugiés juifs, hongrois ou yougoslaves.

Des élus de la gauche ont fait défection. Car la coalition entre les sociaux-démocrates et les chrétiens conservateurs, au pouvoir depuis 2008 à Vienne, est tombée d’accord pour suivre la politique du voisin hongrois Viktor Orban en introduisant des dispositions qui, sauf à Budapest, n’ont guère d’équivalent au sein de l’Union européenne.

Lire notre reportage : Deux Autriche face à face dans la Vienne populaire lors de la présidentielle
Plusieurs freins au droit d’asile

Les députés autrichiens, qui s’estiment obligés d’agir face à l’incurie bruxelloise, alors qu’ils se trouvent sur les deux routes migratoires en provenance des Balkans et de l’Italie, souhaitent limiter à trois ans le permis de séjour des réfugiés dont la demande d’asile a été jugée favorablement et entendent pouvoir renvoyer dans leur pays d’origine des exilés originaires de pays en guerre, une fois la paix revenue.

Ils estiment également nécessaire de mettre un frein drastique au regroupement familial des bénéficiaires de la protection judiciaire, une mesure qui concerne principalement les jeunes Afghans, qui sont les plus nombreux à avoir décidé de rester en Autriche en 2015.

Anticipant une possible nouvelle vague de réfugiés en provenance d’Italie, Vienne veut aussi pouvoir mettre en place un régime d’exception, valable deux ans, afin de refouler les migrants si les services de l’asile sont jugés dépassés.

Les réfugiés, même s’ils sont de nationalité syrienne ou irakienne, devront prouver qu’ils sont persécutés dans leur pays d’origine. C’est cette dernière disposition qui choque le plus, car elle est très clairement destinée à faire pression sur l’Italie, accusée par Vienne de ne pas contrôler efficacement ses frontières extérieures, et surtout, de laisser beaucoup de migrants continuer leur route vers le nord.

Contrôle aux frontières

D’ailleurs, la police autrichienne a également détaillé, mardi 26 avril, les mesures adoptées pour instaurer des contrôles au col du Brenner, un point de passage névralgique des échanges ferroviaires et routiers entre le nord et le sud.

Une barrière de 370 mètres va être installée. Le trafic sera ralenti sur l’autoroute comme sur la route. Les trains s’arrêteront à la frontière afin de permettre aux forces de l’ordre de réclamer des pièces d’identité. Le Tyrol n’a pas encore avancé de date précise pour le début de ces nouveaux contrôles, mais Vienne a annoncé une rallonge de 1,3 milliard d’euros pour l’armée et de 1,1 milliard pour la police.

L’Autriche a enregistré 18 000 demandes d’asile depuis le début de l’année et a plafonné à 37 500 le nombre de réfugiés qu’elle entend accueillir en 2016, arguant du fait qu’il s’agit d’un chiffre généreux, encore supérieur à la moyenne des efforts consentis par les autres pays européens.

Son jusqu’au-boutisme est la conséquence de la position hongroise, Budapest ayant choisi de mener une politique ouvertement hostile aux réfugiés, qui passent désormais dans le pays sans plus s’y arrêter. Il fait craindre aux défenseurs des droits de l’homme un effet boule de neige dans tout le continent.

Lire aussi : L’Autriche veut fermer sa frontière avec l’Italie
Quelle conformité avec la charte européenne ?

Alors que l’extrême droite a de bonne chance de remporter le second tour de l’élection présidentielle le 22 mai, et ne voit en cet « état d’urgence » qu’une « loi placebo » – elle réclame une politique « zéro réfugié » –, la coalition entre la gauche et la droite affiche ostensiblement son unité.

Les Verts s’émeuvent d’une politique qui « met fin de facto au droit d’asile », alors que l’Autriche ne cesse parallèlement de réduire son aide au développement dans les pays d’origine des migrants. Ils doutent par ailleurs de la conformité du texte avec la constitution et la charte européenne des droits fondamentaux, dont l’agence censée les garantir est d’ailleurs basée à Vienne. L’Institut Ludwig-Boltzmann pour les droits de l’homme prévient : les recours auprès de la cour européenne des droits de l’homme pourraient se multiplier.

Mais les critiques les plus virulentes émanent des associations de défense des migrants, très actives en Autriche, et surtout de l’Eglise catholique, dont la voix porte loin. Alors que Vienne abrite un siège de l’ONU, le cardinal Christoph Schönborn, influent au Vatican, estime que la situation dans son riche pays ne nécessite « Dieu soit loué » nullement de telles mesures d’urgence.
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